Profil de défenseur: Pedan Marthe Coulibaly, femme défenseure des droits humains en Côte d’Ivoire

11.04.2016

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Mme Pedan Marthe Coulibaly est la coordinatrice nationale de la Coalition Ivoirienne des défenseurs des droits humains. Elle faisait partie de la délégation d’ONG dépêchée par ISHR à la 58ème session de la Commission Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples (la Commission Africaine). A l’occasion du Forum des ONG précédant la session, ISHR a pu s’entretenir avec Mme Coulibaly afin qu’elle puisse présenter en détails son travail en faveur des droits humains en Côte d’Ivoire. 

Fondée en 2004 et rassemblant une quinzaine d’organisations de la société civile, la Coalition Ivoirienne des droits humains (ci-après ‘la coalition’) a deux principales missions: protection des défenseurs et promotion  de leurs droits. Ceci passe notamment par un travail de vulgarisation et  renforcement des capacités des défenseurs sur les mécanismes de protection des droits humains. 

Membre fondatrice du Centre féminin pour la démocratie et les droits humains en Côte d’Ivoire, Mme Coulibaly est une défenseure active depuis plus d’une décennie sur les questions de droits humains en général, droits des femmes en particulier. Son engagement sur ces questions a commencé dès l’issue de ses études, après la crise ivoirienne de 2002 lors de laquelle elle avait constaté que les femmes payaient le plus lourd tribut en termes de violations des droits humains.

‘(Lors de la crise ivoirienne de 2002) il y a eu de nombreuses violations des droits humains, mais encore plus de violations des droits des femmes: viols, violences sexuelles… Déjà fragiles sur le plan économique, les femmes ont vu la crise accentuer leur situation précaire.’

 Depuis lors, ses responsabilités n’ont cessé d’augmenter jusqu’à occuper l’intégralité de son temps et la propulser au mandat de coordinatrice nationale de la coalition ivoirienne des défenseurs des droits humains, mission qu’elle continue d’effectuer de manière bénévole. 

Que fait la coalition?

La toute première activité de la coalition est de ‘ rentrer en contact avec les organisations membres, de manière régulière, afin de s’enquérir des réalités de leur travail’. L’idée est de se tenir informés de toute éventuelle difficulté qui se poserait aux défenseurs sur le terrain et évaluer les moyens de leur porter assistance le cas échéant. 

Lorsqu’elle est informée d’une difficulté posée à un défenseur, la coalition effectue alors un travail d’analyse de risque. Si le défenseur se trouve dans une situation de risque élevé, la coalition peut alors décider d’alerter ses partenaires tels que le Réseau Ouest Africain des défenseurs des droits de l’Homme, adresser des communications aux Rapporteurs Spéciaux sur les défenseurs des droits humains de la Commission Africaine et de l’ONU, mobiliser des ressources auprès de son réseau pour ‘mettre à l’abri’ le défenseur en danger.

Il arrive également à la coalition de publier des communiqués, lors de conférences de presse notamment. 

Qui sont les défenseurs les plus exposés en Côte d’Ivoire?

De par sa position transversale au sein de la coalition des défenseurs, Mme Coulibaly a pu identifier quelques profils de défenseurs particulièrement à risque en Côte d’Ivoire. Il s’agit généralement des défenseurs travaillant sur les questions dites sensibles, telles que les industries extractives. 

‘Quand ils vont sur le terrain, les défenseurs travaillant sur les industries extractives sont souvent obligés de cacher leur véritable identité ainsi que le nom de leur organisation. (…) Ils peuvent faire l’objet d’intimidations ou de menaces de la part des industries, parfois avec la complicité des autorités administratives.’

Les défenseurs remettant en cause certaines pratiques culturelles telles que l’excision font quant à eux souvent l’objet de l’hostilité des communautés elles-mêmes avec lesquelles ils travaillent. 

Rôle de la coalition dans l’élaboration de la loi sur les défenseurs

La coalition a joué un rôle de premier plan dans l’élaboration, puis l’adoption, de la récente loi sur les défenseurs des droits humains en Côte d’Ivoire. Elle a tout d’abord été invitée par le Ministère des droits de l’Homme à participer à la séance de validation de l’avant-projet de loi.

 La coalition a poursuivi son action par un plaidoyer intensif auprès de l’Assemblée Nationale pour vérifier si les recommandations et préoccupations qu’elle avait partagées lors de la séance de validation avaient finalement été prises en compte. Elle entendait également s'assurer  que les députés ciblés lors du plaidoyer s’étaient bien appropriés les recommandations exposées et en avaient tenu compte lors de l’adoption du projet de loi. Au nombre de ces préoccupations figuraient notamment la nécessité d’inclure la notion de ‘menaces’ à la liste des dangers touchant les femmes défenseures, préoccupation dûment prise en compte. La coalition avait également demandé, sans succès,  à ce que l’obligation faite aux défenseurs de soumettre un rapport annuel soit levée.

C’est ensuite en qualité d’  ‘observateur’ que la coalition a assisté à l’adoption de la loi par les parlementaires, en se réjouissant que la quasi totalité des recommandations des défenseurs avaient été retenues. 

Une fois la loi adoptée, la coalition s’est concentrée sur la formation des défenseurs des droits humains afin qu’ils se familiarisent avec le contenu de cette loi et ‘se l’approprient pour faire la promotion de leurs propres droits’. La coalition entend également poursuivre son plaidoyer pour l’adoption du décret d’application de la loi, et l’instauration d’un mécanisme de mise en œuvre de la loi. 

Plus de proactivité, pour une meilleure protection des défenseurs

Reconnaissant le soutien crucial que représentent les ‘fonds d’urgence’ apportés par certains partenaires tels que Frontline Defenders en cas de violations des droits des défenseurs, Mme Coulibaly insiste néanmoins sur la nécessité, et la difficulté, d’adopter une démarche plus proactive.

‘Il ne faut pas attendre qu’il y ait réellement danger pour commencer à mobiliser des ressources visant à la protection des défenseurs (…). Si au niveau de la coalition nous avions des ressources permanentes affectées à un staff consacré au volet protection des défenseurs, je pense que cela faciliterait le travail des défenseurs.’

Mme Coulibaly en appelle également à la communauté internationale avec laquelle ‘la collaboration devrait aller au-delà de l’échange d’informations, de communications ou de rapports’, mais se traduire en mesures ‘concrètes’ de protection des défenseurs des droits humains. 

Placer les défenseurs au coeur de l’Année Africaine des droits de l’Homme

2016 ayant été proclamée ‘Année Africaine des droits de l’Homme’ par l’Union Africaine, ceci donne  l’occasion d’effectuer un bilan de la situation des droits des défenseurs du continent, selon Mme Coulibaly. Il s’agit d’évaluer si des progrès ont réellement été accomplis ces dernières années et identifier les défis à relever. 

Il est également crucial de mettre en place dans chaque pays des stratégies visant à la mise en œuvre des lois protégeant les droits humains, afin que ces lois aient une traduction sur le terrain. 

‘C’est un véritable problème : les protocoles sont adoptés, les instruments juridiques sont adoptés mais les effets de ces textes ne se font pas sentir dans la réalité. On ne sent pas trop de changement. 

Afin de célébrer cette Année Africaine des droits de l’Homme, la coalition a été invitée à participer à l’organisation d’un colloque proposée par la Rapporteure Spéciale de la Commission Africaine sur les défenseurs des droits humains. 

 

 

 

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