Engagement personnel envers les droits humains et volonté politique de penser de manière créative : les ingrédients clés d'un leadership réussi

12.05.2016

Pour guider le Conseil vers la réalisation de son mandat important, l’engagement personnel de son président envers la promotion et protection entières et efficaces des droits humains et des libertés fondamentales de toutes les personnes, ainsi que la volonté politique de penser différemment, sont essentiels, selon S.E. Mme Laura Dupuy, ancienne présidente du Conseil.

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Par Son Excellence Laura Dupuy, Ambassadeur de l’Uruguay et  ancienne présidente du Conseil des droits de l’Homme de juin 2011 à décembre 2012

Pour guider le Conseil vers la réalisation de son mandat important, l’engagement personnel de son président envers la promotion et protection entières et efficaces des droits humains et des libertés fondamentales de toutes les personnes, ainsi que la volonté politique de penser différemment, sont essentiels, selon S.E. Mme Laura Dupuy, ancienne présidente du Conseil.

Le Conseil des droits de l’Homme a un rôle vital à jouer dans le renforcement de la protection des droits, la prévention des violations, la promotion de la responsabilité, et la mise en œuvre des obligations des Etats en matière de droits humains. Dans cette entreprise, les acteurs de la société civile jouent un rôle clé. Ils rapprochent l’ONU des réalités du  terrain, raison pour laquelle leur participation au travail du Conseil est fondamentale. Pour que cette participation se passe en toute sécurité, les défenseurs des droits humains doivent être protégés.

Mon expérience d’un an et demi en tant que présidente du Conseil, durant son 6ème cycle, de juin 2011 à décembre 2012, m’a permis de réaliser que plusieurs aspects de son travail peuvent et doivent être améliorés, même au sein des normes et règles de procédure qui régissent actuellement notre travail au Conseil. Une approche nouvelle, et une volonté politique de s’y tenir, sont vraiment nécessaires.

Un exemple fut l’amélioration en pratique des méthodes de travail de la procédure de plaintes confidentielles, qui gagna en interaction et en potentiel, sans pour autant perdre sa confidentialité.

Une autre étape fut la réflexion sur la manière d’améliorer l’accessibilité au bâtiment et au travail du Conseil, ce qui a changé notre manière de faire les choses au quotidien et nous a poussés à nous identifier aux personnes en situation de handicap et à chercher des façons pour elles d’interagir ; par exemple en leur donnant accès à une technologie qui puisse les assister, comme une imprimante en braille, ou en leur facilitant physiquement l’entrée à l’ONU, sans encourir des coûts énormes.

La nécessité d’un engagement personnel

Pour guider le Conseil vers la réalisation de son mandat important, l’engagement personnel de son président envers la promotion et protection entières et efficaces des droits de l’Homme et des libertés fondamentales de toutes les personnes est essentiel.

Il ou elle doit se montrer un interlocuteur équitable sur les problèmes relatifs aux droits humains et les problèmes internationaux cruciaux, en essayant d’aborder tous les acteurs pertinents et en les appelant à mieux saisir les problématiques et mieux collaborer dessus.

Concernant des sujets politiques ou  sensibles, il est clair que les gouvernements ont toujours tendance à réutiliser des méthodes qui se sont montrées inefficaces.  Ils sont guidés par des intérêts nationaux ou par un contexte juridique ou socio-culturel qui les empêchent de voir au-delà de regarder au-delà de ces restrictions et viser le bien commun de l’humanité ou de nos sociétés.

Cinq domaines-clés à améliorer

Le chemin du Conseil vers un meilleur fonctionnement doit inclure cinq éléments-clés.

Premièrement, le message répété par tous les présidents du Conseil a été de demander le respect de tous les droits humains et des libertés fondamentales pour tous, ceci en commençant par les sessions, réunions et espaces du Conseil lui-même. Cela implique de mettre à disposition un espace où les représentants de la société civile puissent interagir, contribuer à la promotion des lois et des normes internationales et leur mise en œuvre sur le terrain, et apporter à la fois des critiques et propositions pour améliorer le respect des droits en se basant sur des bonnes pratiques.

Deuxièmement, il faut se pencher sérieusement sur la question des représailles. L’intimidation et les représailles ont déjà été condamnées par le Conseil dans son ensemble, et par ses présidents successifs, mais gérer ce problème requiert une vigilance constante. Des dialogues avec les pays concernés et des alertes ou demandes claires pour le respect des droits et des libertés doivent être utilisés par les Présidents, selon les circonstances. Ceci est particulièrement important et urgent lorsque les cibles sont des participants aux sessions du Conseil, ou des membres de leur famille.

Troisièmement, les ressources financières et humaines  à disposition du Haut-Commissariat aux droits de l’Homme et du Conseil des droits de l’Homme sont encore trop limitées. Des contributions volontaires devraient être utilisées pour soutenir le travail considérable du Conseil, comme par exemple en renforçant les chargés des droits humains dans les bureaux nationaux ou régionaux ou dans les missions de stabilisation de l’ONU. Il serait également besoin de recevoir un budget plus conséquent de la part de l’ONU en soutien aux questions structurelles, tels que le travail des Procédures Spéciales ; ainsi qu’un soutien pour le webcast, qui est le seul enregistrement officiel des réunions du Conseil et de l’Examen Périodique Universel,  et un outil pour le suivi efficace des résolutions et des recommandations.

Quatrièmement, alors qu’il est bon de rappeler que le secrétariat du président du Conseil a été graduellement institutionnalisé, la présidence devrait être davantage renforcée. C’est une bonne chose qu’il y ait maintenant une équipe de conseillers au Conseil, ce qui le rend autonome du secrétariat du Haut-Commissariat. Toutefois, le président est continuellement approché par de nombreux acteurs, y compris des gouvernements, des organisations internationales, des ONG, des défenseurs des droits humains, des institutions nationales de droits de l’Homme, des avocats, et des universitaires. Ceci représente une lourde charge pour son bureau qui doit apporter des conseils conformes aux normes internationales des droits de l’Homme ;  promouvoir les mécanismes existants ou proposer de nouvelles manières d’avancer, telles que des nouvelles formes de coordination et de synergie aux niveaux international et régional, qui touchent des aspects juridiques, procéduraux ou politiques selon besoin.

En dernier lieu, nous pensons que les droits humains, le développement, la paix et la sécurité sont des buts entrecroisés des Nations Unies. L’Agenda de développement de l’ONU, avec ses Objectifs de Développement Durable et ses indicateurs, sera un guide important pour tous les États leur indiquant comment travailler de manière inclusive et non-. Il est également susceptible d’avoir un impact positif sur nos vies et celles des générations futures.

Le rôle du Conseil des droits de l’Homme sera à coup sûr déterminant pour atteindre cet objectif, à travers ses Procédures Spéciales, le mécanisme et les délibérations de l’EPU, afin d’augmenter la connaissance, la conscience, et les opportunités pour échanger les expériences, et pour obtenir un consensus sur des solutions efficaces et de principe. Sur le  long terme, la meilleure solution pour empêcher atrocités et violations des droits humains est d’investir dans la construction de sociétés démocratiques régies par l’état de droit.

S.E. Mme Laura Dupuy est l’ancienne Représentante permanente de l’Uruguay à l’ONU à Genève et l’ancienne présidente du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU de juin 2011 à décembre 2012. Avant cela, elle a oeuvré, entre autres, en tant que Directrice des Droits de l’Homme et du Droit Humanitaire au Ministère des affaires étrangères de l’Uruguay, en tant que Directrice pour les Amériques, responsable des relations bilatérales avec les pays de la région, et en tant que présidente-rapporteure du Forum Social 2010 sur le Changement climatique et les droits de l’Homme. 

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