Alberto Solis Castro : Défenseur des droits de l'homme du Mexique

02.11.2015

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Alberto Solis Castro a été exposé aux questions de droits de l’homme liées aux populations indigènes dès son plus jeune âge, lorsqu’il a travaillé avec des communautés indigènes locales quand il était adolescent. Il a travaillé comme observateur au processus de paix entre les Zapatistes et le gouvernement mexicain, et ce faisant a commencé à comprendre comment les personnes dans ces communautés indigènes vivaient et ce dont elles avaient besoin.

Une grande partie du travail actuel d’Alberto avec Servicios y Asesorío para la Paz (SERAPAZ) est étroitement liée à la situation changeante des communautés indigènes au Mexique.

« Nous travaillons beaucoup avec les communautés qui ont des problèmes avec les entreprises internationales ; elles luttent constamment pour défendre leurs terres et les ressources nationales contre les grandes entreprises. »

Les sociétés minières restent la plus grande menace, avec plus d’un tiers des terres mexicaines cédées aux sociétés extractives, mais il y a eu des conflits sur des projets allant des fermes éoliennes aux aqueducs, en passant par les barrages.

Le pouvoir inégal du gouvernement et des entreprises

Un trait caractéristique des violations des droits de l’homme liées aux entreprises au Mexique est la dynamique de pouvoir inégale entre le gouvernement et les entreprises.

« Les entreprises ont beaucoup de pouvoir et elles donnent constamment des ordres au gouvernement. Donc le gouvernement subit beaucoup de pressions, ce qui dans certains cas se traduit en répression des communautés locales pour rassurer les entreprises. Parfois, les entreprises font également du chantage au gouvernement ; elles exigent du gouvernement qu’il garantisse qu’il n’y ait pas de réaction sociale en réponse à leurs projets, ou alors les entreprises menacent de prélever des redevances très élevées pour mettre un terme au projet. En fin de compte, soit le projet est maintenu, soit le gouvernement doit payer des frais en utilisant l’argent des impôts. Donc elles gagnent toujours, et elles gagnent dans chaque cas de figure, d’une manière ou d’une autre. »

Occasionnellement, les entreprises concluent des accords avec des groupes criminels organisés. Ces arrangements sont souvent conclus avec l’accord implicite des autorités municipales, créant un environnement répressif et dangereux pour tous les défenseurs et activistes. C’est particulièrement le cas dans l’affaire des 43 étudiants ont disparu à Ayotzinapa, mais c’est également une menace à laquelle les défenseurs des droits de l’homme sont confrontés quotidiennement avec les entreprises. Il y a eu de multiples cas de défenseurs qui ont été assassinés, qui ont disparu, ou qui ont été tués dans des accidents suspects.

La responsabilité des acteurs internationaux

Alberto met l’accent sur le fait que les acteurs internationaux, et notamment les ONG internationales, les organisations intergouvernementales et les sociétés multinationales, ont besoin de travailler en collaboration avec l’Etat pour aborder ces violations des droits de l’homme. Seuls et chacun de son côté, ils ont créé peu de changement, affirme-t-il.

« Le gouvernement mexicain a adopté des lois pour protéger les communautés indigènes, mais les entreprises internationales ne les respectent pas. L’ONU a des normes pour protéger les droits économiques, sociaux et culturels, mais le gouvernement mexicain ne les ratifie pas. Il est très important d’aborder tous les aspects de ce problème. »

Il appelle également à l’adoption de normes internationales sur les opérations des sociétés multinationales. Beaucoup d’entreprises travaillant au Mexique viennent de l’étranger, et en particulier d’Espagne, et elles bénéficient d’une certaine liberté dans la manière de conduire leurs opérations commerciales à l’étranger. Alberto considère qu’un aspect clé devant être abordé est le manque d’informations, et même la propagation de fausses informations, partagées par les entreprises avec les communautés locales.

« Les entreprises essayent juste de vendre quelque chose, donc il est évident qu’elles ne vont partager que les aspects positifs de leurs projets avec les communautés locales. Je sais que c’est comme cela que ça marche. Mais nous devons changer leur conception des droits de l’homme ; les droits de l’homme font partie intégrante des affaires, et ne sont pas un obstacle. »

Tout comme beaucoup d’autres Etats latino-américains et africains, le gouvernement mexicain justifie souvent ces projets d’exploitation par le fait qu’ils contribuent globalement au développement du pays, et qu’ils valent donc bien quelques sacrifices locaux. Alberto met l’accent sur le fait que les groupes vulnérables, notamment les communautés pauvres et indigènes, tirent rarement profit, voire jamais, de projets industriels de grande ampleur.

« Tant que le gouvernement mexicain continue d’affirmer que ces projets sont pour le « développement » de toute la nation, tout en ignorant les besoins réels de la population, il est difficile de croire que la situation pourra changer prochainement. »

 

Dans les semaines et jours précédant le Forum des Nations Unies sur les droits de l’Homme et les entreprises, ISHR publiera une série d’articles rédigés par des experts reconnus tels que des défenseurs des droits de l’Homme, des représentants de l’ONU, des diplomates, des représentants d’entreprises et des ONG internationales. Chaque article comprendra une analyse du rôle crucial des défenseurs et sera inclus dans une compilation qui constituera l’édition spéciale de notre Human Rights Monitor. Cette édition sera publiée  le 9 novembre en français, anglais et espagnol. Les opinions exprimées dans ces articles sont celles de leurs auteurs respectifs et ne reflètent pas nécessairement les positions d’ISHR.